Malika Sorel : Le parti socialiste tire les ficelles des questions de l’immigration.

 Dans un entretien accordé à La Libre Belgique, Malika Sorel, fille d’immigrés et spécialiste des questions d’intégrations, dénonce l’attitude du Parti socialiste qui joue avec l’immigration pour avoir un électorat grandissant et qualifie de cynique le droit de vote aux étrangers que mettra en place Hollande pour garder la mainmise sur le pays.  Elle critique également la tentative de Hollande de plaire aux machos des cités qui maltraitent les filles :  « Craignant des conséquences sur le vote des « mâles », la gauche sacrifie la cause de ces femmes et pas seulement celles de l’immigration. « 

« Les élites ont peur »

Malika Sorel vient de publier « Immigration-intégration : le langage de vérité » aux Éditions Mille et une Nuit. Cet ingénieur de l’École polytechnique d’Alger est devenu membre du Haut conseil à l’intégration en 2009, nommée par Nicolas Sarkozy. Elle est l’une des rares intellectuelles à parler de l’immigration en France sans détours.

Comment expliquez-vous la montée du Front National ?

Marine Le Pen apporte une cohérence aux sujets qui touchent les Français et que personne n’aborde. Elle met en évidence que s’il y a du chômage, le pays ne peut pas accueillir tous les migrants venus des pays pauvres qui auront besoin de la solidarité nationale. Elle tient compte du ressenti des Français sur le terrain.

Selon le politologue Gilles Kepel, la viande halal serait un vecteur de l’affirmation identitaire des musulmans et une forme de contrôle entre les mains des salafistes et des Frères musulmans. Partagez-vous cette analyse ?

Cette observation est tout à fait valable. Le halal permet de mettre en place une surveillance assez facile pour savoir si les gens ont un comportement licite ou illicite par rapport au commandement religieux. On n’a plus affaire à un problème classique d’intégration des nouveaux entrants, mais à l’installation de peuples dans une forme d’autarcie culturelle. Cette analyse pourrait accréditer les thèses du FN. Depuis des années, je dis que si les politiques n’avaient pas refusé de traiter cette difficulté, on n’aurait pas connu la montée du Front National. Aujourd’hui, il faut éviter ce piège qui est utilisé par un certain nombre de personnes qui ne souhaitent pas le voir traiter. Le FN donne le sentiment d’avoir identifié les problèmes en termes de vivre ensemble et d’apporter des solutions. Si on continue ainsi, il sera majoritaire car il colle aux préoccupations des Français.

Les autres partis politiques seraient-ils dans le déni de cette réalité ?

On est encore sous le coup de la colonisation, et de la culpabilité. Les élites ont toujours peur qu’on les ramène à un schéma dominé-dominant. Ensuite, il a été montré, notamment par Terra Nova, centre de réflexion du parti socialiste, que les personnes du Sud votent majoritairement pour le PS, quel que soit le niveau social et économique. Ce parti n’a donc absolument aucun intérêt à froisser cet électorat. Le parti socialiste tire les ficelles des questions de l’immigration.

D’où la proposition d’accorder le droit de vote aux émigrés ?

C’est d’un cynisme politique assez redoutable que de s’intéresser aux gens de l’immigration pour être sûr d’être réélu. Vous avez donc intérêt à ce que plus en plus d’immigrés rentrent pour pouvoir augmenter votre base électorale. Sur le plan local, on passe lentement d’une démocratie réelle à une démocratie par la démographie. On est en train de saper les fondements de la démocratie en France, sans même que le sujet ne soit abordé. On évite de parler de l’échec des enfants de l’immigration ce qui pose, à terme, la question de la compétitivité économique de la France. Au final, les élites ne donnent pas les clés de la réussite réelle à ces enfants-là.

SOS Racisme, la Licra, le Mrap ont-ils joué un rôle politique ?

Ils ont servi de rabatteurs de voix pour la gauche. Et ils ont joué un rôle majeur dans la dégradation du vivre ensemble en répétant matin, midi, soir aux immigrés qu’ils étaient rejetés.

Que disent les élites ?

Après le traumatisme des émeutes de 2005, elles ont peur de la violence dont sont capables les jeunes de l’immigration maghrébine et africaine. Elles préfèrent minimiser les enjeux et elles cèdent. Ce manque de responsabilité fait, que petit à petit, ce sont les personnes issues de l’immigration qui se retrouvent enfermées.

Pourquoi les intellectuels de gauche qui s’exprimaient en 2007 se taisent-ils ?

Une partie réalise que l’angélisme ne paie pas, que les personnes de l’immigration ne sont plus libres, qu’elles sont propriétés de leur groupe, que certains comportements peuvent être qualifiés de racistes vis-à-vis des Français de souche européenne, que la gauche recule sur les questions de laïcité, de fraternité. Certains craignent une chasse aux sorcières après le 6 mai. Récemment, François Hollande a refusé d’envoyer un représentant à la journée de « Ni pute, ni soumise ». Cette association militant pour les femmes dans les quartiers est de moins en moins bien vue pour avoir dénoncé leurs difficultés dues à l’abandon des élites politiques et intellectuelles. Craignant des conséquences sur le vote des « mâles », la gauche sacrifie la cause de ces femmes et pas seulement celles de l’immigration. En France, on cautionne l’impunité. Par peur, on abdique. Le pays se trouve plongé dans un esprit munichois. Et je suis d’autant plus libre de m’exprimer ainsi, qu’en 2007, je n’ai pas voté Sarkozy.

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